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Les souvenirs de Marnie

SOUVENIRS DE MARNIE

Sans dégâts dès : 7 ans - Âge conseillé : 14 ans

 

DUREE
103 minutes
MONTAGE

Film d'animation des studios Ghibli de 2014. Tout n’est pas linéaire, on mélange rêve et réalité, la fin de l’histoire raconte rapidement la vie de deux générations de personne et l’on va finalement saisir que les rêves se joignent à des moments du passé. Plutôt complexe le scénario.

MESSAGE

Quête identitaire. La jeune héroïne, Anna, ne s'apprécie pas. Adoptée, elle vit des souffrances en lien avec l’abandon. Elle va apprendre à être mieux avec son existence et finira par apprécier sa mère adoptive. Recherche des origines. Importance de connaître d'où on vient, de connaître son histoire familiale pour ne pas être dans de fausses représentations.

Craindre la maladie mentale. Anna semble avoir des troubles de la personnalité. Violence contenue, rêves qui semblent être réels, au point de mélanger le monde de l’imaginaire avec la réalité, on sent cette adolescente perdue et capable de se mettre en danger. Difficile de l’apprécier, son malaise existentiel la renferme, la pose en retrait des choses. Elle-même se sent anormale, ne comprend pas ce qui lui arrive et va vivre des moments de crise. Elle s’imagine être à moitié folle, et n’ose pas parler de ce qu’elle vit, elle s’enferme dans un secret. Son voeu le plus cher serait de pouvoir être comme les autres.

Baisse estime de soi. Malgré son don pour le dessin, Anna n’est pas fière d’elle. Les pressions de la norme japonaise où une fille doit être douce et bien élevée, sa culpabilité de ne pas apprécier sa mère adoptive génèrent en elle du malaise. Elle se sent moche, stupide, butée, odieuse, elle se déteste.

Sentiment d’abandon. On ressent bien le besoin de lien, l’importance d’avoir une amitié forte pour combler des vides affectifs. Difficulté de remplir le vide affectif de parents qui ne sont pas présents (mère malade qui doit aller se faire soigner ou parents qui préfèrent faire la fête). L’importance de l’amoureux qui par sa présence remplit quelque chose. Besoin d'attention.

Amour parental. Le parent a un rôle important dans le développement de l’affectivité de l’enfant, il doit se montrer présent, donner de l’amour et de l’attention. Critique de ceux qui en pensent qu’à eux et laissent d’autres personnes gérer leur enfant, critique de la négligence. Ne pas donner d’attention peut rendre un enfant distant, capricieux, on voit l’effet négatif que treize ans de pensionnat ont généré, risque de mésentente. Importance de dire les choses clairement à son enfant, si on ne le fait pas il peut se faire de fausses représentations. Critique du parent inquiet. Cela peut générer des malaises chez l’enfant. Lui faire porter des choses qui ne lui concerne pas (comme les problèmes d’argent), avoir l’impression d’être source de soucis supplémentaire pour le parent. Anna va développer de l’agressivité envers son parent adoptif, n’apprécie pas cette faiblesse, la traite de vieille bique.

Adoption. Réaliser l'amour que peut porter un parent adoptant à l’enfant, même si celui-ci peut être démuni face à certaines situations et se demander s’il fait les choses correctement. La consécration finale, c’est de reconnaître la personne qui nous a adoptée comme son parent, ici Anna va finalement appeler sa « tante » avec le terme de maman.

Deuil. La perte d’un être cher peut rendre malade. Il y a des deuils que l'on ne peut jamais faire, la souffrance fait partie de la perte. Abandon. Reconnaître la colère que l'on peut avoir envers ses parents mort. Mort. Une mort poignante que l'on ne voit pas forcément venir.

Beauté de la nature. On nous montre une campagne, hors de la pollution de la ville, où les gens sont en bonne santé. Un endroit où l’air est pur, avec maison entourée de verdure et grosses tomates aromatisées. Vie simple en utilisant les ressources de la nature, travail manuel qui touche au bois, au jardinage, à la pèche. Écologie. On voit des enfants qui nettoient la pollution du bord de mer.

Les rêves. Difficile de comprendre le sens des rêves, et ici Anna est bien perdue, comme le spectateur qui a du mal à faire des liens. Tout deviendra plus clair quand à la fin on saisira qu’Anna travaille en rêve sur les histoires d’enfance racontée par sa grand-mère, qu’elle s’approprie, en y jouant un rôle, en travaillant en plus en parallèle sur ses problématiques d’abandon. Il y a des choses qui s'incrustent de différentes façons (histoires, photos, habits de poupées), et notre inconscient s’amuse avec cela, dans l’idée de nous faire ressentir ce qui parfois nous échappe dans la réalité. Monde des rêves. Des choses peuvent nous marquer, la mémoire du passé. Ami imaginaire. Faire face à la vie accompagné d'une personne qui n'existe pas, cela ressemble bien à un ami imaginaire.

Systémique, problématiques intergénérationnelles. Ici, la question de l’abandon va poursuivre les femmes d’une même famille. Anna va devoir remonter dans son passé pour résoudre ses démons intérieurs. Importance du lien à l’ancêtre. On peut rechercher la cause de ses maux en remontant la généalogie et en étant plus désigné comme l’élément malade d’un système. Transmission. Temporalité.

Homosexualité. Une amitié tellement forte entre deux filles que ça semble être de l’amour. On voit bien qu’Anna est jalouse des hommes qui peuvent entourer Marnie, on voit les différents moments où les joues rougissent, des paroles fortes affectives « Tu es ma préférée parmi toutes celles que j’ai connue », « je ne te pardonnerai jamais ». Stéréotype, on peut s’imaginer un couple homme femme, avec Anna qui ressemble à un garçon manqué et Marnie qui est très féminine. Besoin de créer une situation de secret, il ne faut pas que la liaison s’ébruite. Même si tout ce discours amoureux n’est finalement qu’une fausse piste, les rêves nous le font approprier, il raisonnera chez ceux qui seront sensibles à cette thématique.

Découverte du Japon. Un paysage typiquement japonais, avec quartier classique, bord de mer et village qui vit de la mer. Un festival avec lumières, kimono et voeux sur papier.

Revalorisation du dessin. Anna est une excellente illustratrice. On nous montre une femme peintre qui fait aussi de belles productions. Peinture.

Être performant. On sent tous le poids des convenances, et le malaise lorsque l’on perd le contrôle, lorsque l’on ose dire ce que l’on pense, on se sent anormal. Vaincre ses peurs. Se confronter au silo. Se sentir en sécurité grâce à l’homme. Politesse. Dire que c’est joli même quand cela ne nous plait pas. Mère courage. La force de la Japonaise, c’est de se tenir droit et de garder le sourire.

Importance des histoires racontées. On voit que ce qu’une grand-mère raconte à sa petite fille va rester dans sa tête et lui être utile pour travailler sur soi.

Importance du lien. Mettre de l’intensité dans les choses, se faire des promesses, être dans des secrets, avoir un lien fort à deux. Se sentir proche de l’autre.On nous montre un couple qui s'entend bien ou un homme seul rejeté par ceux qui craignent son mutisme. Pardon. De grandes souffrances restent en nous si l’on n’arrive par à pardonner. Accepter la différence. Anna se sentira bien avec un homme qui se met en retrait de la société, qui ne parle pas. On voit comme ils se sont apprivoisés et comme c’est plus adéquat de fonctionner avec quelqu’un que de le critiquer (comme le font les enfants du village).

Aider les autres. On nous montre des personnages qui vont être attentifs les uns envers les autres. Rien ne sert de dénigrer ou rejeter. Être bien accueilli. Tolérance.

Fantôme. On parle de maison hantée, que cela soit une vieille tour ou un manoir, les gens peuvent craindre certains lieux abandonnés.

SCENES DIFFICILES

Mises en danger. Anna se retrouve coincée par la marée, elle ne peut plus revenir sur la rive. Moments de rêves qui semblent presque réels (tenter d’approcher le manoir, mais risque de s’enfoncer dans l’eau. La jeune fille prend une barque qui semble avancer toute seule, elle ne peut plus revenir en arrière, il fait nuit, cela s’accélère, elle va être amarrée au ponton avec la barque qui secoue beaucoup. Anna est entourée de personnes qui veulent lui acheter des fleurs, ils tendent de l’argent, c’est oppressant). Anna se retrouve à terre endormie à différents moments, on peut craindre qu’il ne lui arrive du mal, elle peut être sale, ou fiévreuse. Différents moments tendus avec la tour abandonnée, la porte est entrouverte, il fait sombre, on y voit des rats, bruit sourd et vent qui crée un véritable gémissement angoissant. Les deux filles ont monté les marches, mais en haut ils craignent l’orage de nuit, avec tonnerre, la pluie tombe, il fait froid, de l’eau coule en jet depuis le toit percé.

Tristesse. Anna se sous-estime, elle fait de beaux dessins et personne ne la revalorise pour cela, un enseignant est appelé à une autre tache juste quand il allait pouvoir découvrir son travail. Grosses larmes des demoiselles quand elles se sentent mal. Anna se sent triste quand elle réalise que sa mère adoptive reçoit de l'argent pour s'en occuper. Grande tristesse à la mort de Marnie qui tentait malgré sa maladie de s’occuper d’Anna.

Malaise. Anna s’approche de la demeure abandonnée, regarde par les fenêtres, on ne sait pas ce qui peut arriver, mais on se dit que ce qu’elle fait est interdit. On craint qu’Anna ne se soit mise dans le pétrin en acceptant d’aller à la fête de Marnie, c’est risqué d’enfermer la gouvernante, de se déguiser en petite marchande de fleurs. Une fille va lire le voeu d’Anna qui ne va pas le supporter et qui traitera sa camarade de grosse truie, créant une situation tendue dans une soirée censée être festive (on voit en plus plus tard la mère de la fille insultée qui va se plaindre du comportement d’Anna). Triste histoire de Marnie qui va perdre son mari, qui tombera malade, qui ne peut plus s’occuper de sa fille. Celle-ci devenue jeune adulte quittera sa mère en colère et mourra peu après avoir eu un enfant. Pathétique Marnie, devenue vieille, qui raconte certainement en boucle son enfance à la petite Anna.

Crainte. On peut imaginer durant le film que Marnie est morte enfant (empoisonnement champignon, tomber d'une falaise ou de la tour).

Maltraitance. La gouvernante est stricte, elle peigne les cheveux à Marnie en lui faisant mal. Les deux servantes lui font peur, elles iront jusqu'à la traîner dans une tour de nuit, effet d’éclair, la petite est terrorisée. Grand sentiment d’abandon, « tu es monstrueuse » va crier Anna à son amie quand elle se retrouve seule, elle n’imagine pas pouvoir lui pardonner. Environnement inadapté pour une enfant, qui se fait servir de l’alcool dans une soirée, on verra Anna un peu éméchée. Moquerie. On voit des enfants qui dénigrent un homme plutôt solitaire en lui renvoyant qu’il ne sait pas parler.

Complexité du scénario. Tenter de saisir le sens est impossible avant la fin. L’esprit du spectateur tentera de comprendre qui est Manie, s’imaginant certains liens, le scénario semble proposer de fausses pistes (la poupée, des situations dangereuses). Le spectateur est un peu berné, est-ce que nous avons affaire à des fantômes obligés de rester au manoir, Marnie va-t-elle mourir jeune ? Est-ce que Anna est dans une homosexualité refoulée ? Un film qui va réveiller nos tensions internes en jouant avec nos interrogations.

VOCABULAIRE
Classique

Commentaires. Ce n'est clairement pas un film pour des enfants, une histoire qui peut sembler un peu étrange et qui prendra sens à la fin du film, avec une grande tristesse associée. Souvenir et rêves se mélangent pour recréer la réalité et répondre aux besoins d’une adolescente qui se sent mal aimée. Il n’y a pas vraiment d’images choquantes ou des moments agressifs, mais le scénario (pour autant qu'on tente de saisir le sens des rêves) est complexe, les thèmes autour de l’abandon sont durs, même pour un adulte et le scénario dévoile une intrigue qui réinjecte du sens qu’à la fin de l’histoire.

Un film plutôt subtil, mais il faudra pouvoir entrer dans les troubles de l’attachement d’une adolescente qui laisse un environnement retravailler ses souvenirs. Un film qui traite des malaises existentiels de manière intelligente, nous pouvons tous passer par des états limites.

Thèmes. Quête identitaire. Origine. Maladie psychique. Estime de soi. Besoin d'attention. Adoption. Nature. Rêve. Amour parental. Ami imaginaire. Homosexualité. Asie. Peinture. Histoire racontée. Mère courage. Tolérance. Temporalité. Transmission. Mort. Deuil. Poétique.