Quels films pour nos enfants ?Quels films pour nos enfants ?

 

ACCUEIL

 

LES FILMS

 

THEORIES

 

LES LIENS

Le conte de la princesse Kaguya

LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA

Sans dégâts dès : 8 ans - Âge conseillé : 13 ans

 

DUREE
137 minutes
MONTAGE

Film de 2013, dans une animation ou de véritables peintures de couleurs pastels se mettent en mouvement. Ellipses. Moment de rêve.

MESSAGE

Amour. Un film qui tourne autour de la recherche de l'être aimé. Difficile de s'identifier aujourd'hui à une antique histoire japonaise, surtout qu'elle est tragique et que l'on peine à saisir ce que la fille aurait pu faire, en dehors de peut-être oser s'écouter et ne pas suivre son père, ce qui est ici impossible. - Ce que l'on montre à la femme, c'est qu'elle peut trouver son bonheur dans une relation simple avec le paysan qui est à côté d'elle. Un père ne doit pas tenter de faire ce qu'il croit être le bien de sa fille, il doit entendre les besoins de celle-ci. Amour tragique. À vouloir tout maîtriser, on se retrouve sans amoureux. Ne pas vouloir être qu'un précieux objet pour l'autre, aspirer à une autre forme d'amour. Si l'on rate un chemin, tout est perdu. Amour parental. On nous montre des parents aimants (avec le risque de tellement vouloir bien faire que l'on enferme sa fille dans sa propre perception de ce qui est bien). Sentiment amoureux. Une femme inaccessible est intéressante. Les grandes et belles phrases d'amour ne sont pas toujours sincères. Un gentil mari. Seul un bon mari peut apporter un bon mariage, on critique ici ceux qui veulent tromper, ceux qui mentent (chez les prétendants, on a une palette de tares, avec le beau parleur, le faux riche, l'imbu de lui-même, le couard, le faible). On est ici à la recherche de l'amour sincère. Faire le bon choix. Ne pas croire les hommes, ce sont des menteurs, ils ne veulent que la beauté de la femme. Faire un choix assez tôt, parce que l'on voit bien que son amoureux à la fin, même s'il promet de l'aimer et de rester avec elle, avait sa propre vie et avait fait un enfant avec une autre femme.

Ode à la nature. Mise en évidence des floraisons, paysages naturels, sans le béton des hommes. Différentes saisons. Des humains heureux, proches de la nature. Plaisirs naturel, enfants qui jouent dans les arbres, ont du plaisir à l'extérieur (rechercher à manger, nager, permettre aux plus jeunes de participer aux expéditions). L'humain peut se montrer nu, décomplexé, libre et heureux. Les humains vivent au rythme de la nature. Contraste avec la ville, remplie de contraintes où ce n'est pas possible de s'épanouir.

Liberté, spontanéité. On voit comme les dogmes rigides, une éducation stricte, peut tuer le plaisir, rendre malheureux. Si les bonnes manières font plaisir aux parents, ils renvoient à un fonctionnement cadré où la joie n'est pas de rigueur. Critique des traditions strictes. Comme ne plus avoir de sourcil (ce qui ne gène pas quand on ne doit presque plus bouger il n'y a pas de risque de transpirer), se mettre du noir sur les dents (ce qui ne pose pas de problème quand on ne peut plus sourire). La princesse qui se sent enfermée va libérer un oiseau qui était en cage, mais ne pourra rien faire pour se sauver elle-même. Rigidité scolaire. On voit que la calligraphie, ce n'est pas s'amuser à faire des dessins. La préceptrice est sévère et veut imposer les savoirs qui vont s'acquérir au détriment de la joie de vivre.

Famille. Une histoire qui tourne autour des liens entre une fille et son père. Critique du patriarche. L'homme domine son foyer, il a sa représentation de ce qui doit être fait et le gère seul. On nous montre ici que même s'il veut faire le bien, lorsque l'on n'écoute pas le besoin de l'autre, on peut passer à côté de son bonheur. La mère est plus à l'écoute de ses besoins, dans l'accompagnement de l'enfant. Danger d'un amour parental. Si le père a voulu faire de sa fille une princesse, cela lui a fait plus de mal qu'autre chose. Les enfants du village étaient plus proches d'un bonheur simple en appelant la petite fille "Pousse de bambou". Le parent devrait saisir que ce n'est pas en mettant sa fille sur un piédestal qu'il va lui rendre la vie plus facile. Sens du devoir filial. La jeune fille va accepter la voie que lui impose son père, elle va tenter d'échapper à des mariages qui ne lui conviennent pas, mais en permettant à la famille de sauver la face. Une bonne fille doit accepter ce que veut le père.

Quête identitaire. Si l'homme peut se rechercher à travers des exploits ou son travail, la femme a plus de peine à saisir qui elle peut être. La princesse ne sait pas comment réagir, elle se sent fausse, elle va réaliser qu'elle a pris un mauvais chemin, mais c'est déjà trop tard. On la voit tributaire des choix de ses parents et dépendante d'un mariage imposé.

Symbolique du suicide. Sans avoir une présentation claire du suicide, la princesse subit tellement de souffrance que son appel à la lune, son départ finalement regretté, peut être une représentation du suicide. Le malaise est tellement fort que dans une société confrontée au suicide, on s'invente des histoires de lune pour faire comme si personne n'était responsable de rien.

La force des Dieux. Les Dieux transforment les flèches en fleur, rien ne leur résiste. La réalité du Bouddha est implacable, l'humain ne peut rien changer à ce qui est annoncé. Parcours entre la vie et la mort. Il existe des pouvoirs que les humains ne peuvent pas contrer, ils ne peuvent pas lutter contre le temps, ne peuvent pas revenir en arrière, il ne peuvent rien contre la disparition ou la mort. Religion.

Protection. La femme a besoin de se sentir protégée. Si le père ou la mère prennent (de différentes manières) cette responsabilité durant l'enfance, le futur mari doit aussi se montrer fort. C'est ce que met en avant l'amoureux, qui se sent plus puissant que le destin, il tente de sécuriser la demoiselle. L'homme sécuritaire. Le seigneur se considère comme fort, en tant que dominant il a la conviction que si cette femme lui appartient, elle en sera comblée.

On n'échappe pas à sa condition. Les gens de la lune restent sur la lune, on voit bien ici que le mélange des espèces est complexe et génère de la souffrance, chacun chez soi. Rien ne sert de tenter d'accepter les caprices d'une demoiselle, finalement elle va crier à l'aide et il va falloir l'aider presque contre son gré à la sortir de sa misérable condition humaine. On critique aussi l'idée qu'une personne de basse condition devienne une noble, on est plus vivant parmi les siens. Rapprochement. Si le film nous dévoile une tentative vouée à l'échec, on continue d'espérer que c'est possible, on devrait pouvoir fonctionner avec une jolie princesse.

Interprétation. Des évènements peuvent être interprétés de différentes façons, et le père va ici croire quelque chose qui n'est pas forcément ce qui aurait dû être fait.

Importance du groupe. On voit une petite fille qui va faire partie d'un groupe qui a du plaisir à vivre avec ses amis. Intégration. Souffrance de la séparation. On voit la jeune fille souffrir d'un déménagement, elle doit quitter ses amis du jour au lendemain sans avoir été préparée à ça. Tristesse d'être entourée de servantes impersonnelles. Crainte de la perte. Craindre que l'autre parte en grandissant et s'éloigne de ceux avec qui il partage bien son temps.

Rite de passage. Passage à l'âge adulte. Les conventions ne sont pas forcément pensées pour plaire à la personne concernée. Ici, lorsque la jeune fille a ses premières règles, on lui donne un nouveau nom, et elle devient une mariée potentielle qui peut intéresser les hommes.

Égoïsme. Il ne faut pas se jouer des autres. La princesse qui donne des tâches impossibles à ses prétendants va regretter des les avoir utilisés. Par sa faute, un homme a été ruiné, un autre tué, un autre aura dévoilé sa couardise.

La richesse ne fait pas le bonheur. Ce n'est pas être une princesse dans une grande demeure qui fait le bonheur. Critique des contraintes. On peut voir comme l'apparence peut être importante chez les riches, cela réduit la liberté de la femme, impose la recherche de ce qui est le mieux. Critique des parvenus. Vouloir accéder à un statut que l'on a pas de naissance génère des problèmes. On peut s'imposer des codes rigides, qui ne conviennent pas à la personnalité. Ne pas être reconnus par ses pairs qui voient bien que l'on paie cher pour faire bonne figure. On force ainsi sa famille à entrer dans un jeu qui n'est pas le sien. Ne pas aspirer à la richesse. Faire un mariage pour devenir de la haute n'est pas une bonne chose.

Japon. Un film qui nécessite une certaine culture du Japon. Histoire du Japon. Nous sommes dans une forme de moyen-âge. On nous présente un Japon il y a 1000 ans, avec des fermiers et différentes classes. Le travail de la coupe des bambous, fabrication de bols. Culture mythologique. Sans aucune explication, la culture est bien présente, le signe des mains, réincarnation, la robe de plume, le bouddha.

Prendre soin de l'autre. Différentes manières d'aider l'autre (le père qui fait ce qu'il pense bon pour sa fille. L'empereur qui imagine que la demoiselle ne peut qu'être heureuse avec lui. Soin aux plus jeunes qui méritent protection. Un démuni reçoit toujours de la nourriture, même s'il arrive dans une famille pauvre).

Le vol. On nous montre que le vol peut causer des problèmes. Mais on met aussi en évidence que le vol peut être source de satisfaction, créer du lien.

Évolution du bébé. On nous montre une belle représentation de l'évolution d'un bébé, qui boit au sein, commence à ramper, puis marche, interaction avec son environnement, gestuelle. C'est bien réalisé.

Abus. Une princesse risque l'intérêt des hommes. Crainte d'un homme alcoolisé qui rentre dans sa chambre. Se faire coller par le souverain.

SCENES DIFFICILES

Mise en danger. La jeune fille approche des marcassins, elle risque de se faire renverser par la mère qui attaque. Un jeune homme tombe en bas d'un précipice, on le voit immobile au sol, on peut craindre pour sa vie. Scène étrange où craignant qu'un homme alcoolisé entre dans sa chambre, la princesse fuit, un rythme rapide avec des images, bouillonnement d'esquisses, qui renvoient tout le stress de la jeune fille prise dans une course éperdue, on ne saisit pas vraiment ce qui se passe. Se retrouver triste dans la neige, tomber. Un prétendant doit faire face à un dragon élément qui apparaît sous forme de nuage ou de tourbillon, on le voit avoir peur. Agression proche de l'abus, quand le souverain se colle contre la princesse. La princesse et son "amoureux" volent dans le ciel, on va craindre qu'ils s'écrasent au sol.

Malaise. Crainte du père qui cherche son enfant dans la forêt et ne la trouve pas. Les enfants volent dans un champ, on voit leur crainte de se faire surprendre, ils se cachent. Une fête donnée en l'honneur de la jeune fille ne va pas pouvoir se dérouler avec ses amis, le père ne veut inviter que les personnes qui peuvent être de bons partis pour sa fille. Elle ne pourra pas participer à la fête, doit rester dans une pièce, cachée. On voit petit à petit la jeune fille se plier aux normes, et finir par se raser les sourcils, se peindre les dents en noir. Souffrir de voir un ancien camarade être devenu un voleur, constater la différence de niveau entre deux vies, ne rien pouvoir faire. Pathétique passe-temps, nécessaire pour tenir une condition qui pèse (la princesse se crée un petit monde à soi, elle façonne un jardin en miniaturisant le paradis naturel qu'elle a perdu).

Tristesse. Parents qui décident de parti du jour au lendemain. La demoiselle est triste de ne plus voir ses amis. La princesse réalise qu'elle a appelé ceux de son monde lorsqu'elle s'est sentie en danger et qu'ils vont venir la chercher, elle ne veut pas partir avec eux, mais elle sait qu'elle n'a pas le choix. Personne ne peut aider la princesse, même son amoureux potentiel pense qu'il rêve le retour de son aimée.

Interrogation. On ne saisit pas pourquoi il y a un bébé dans un bambou, pourquoi il grandit ainsi. Difficile de saisir d'où vient cette princesse.

Maltraitance. Voir, impuissant, un ancien ami se faire violemment frapper le visage, maintenu à terre, et finir inconscient au sol, sous la pluie. Il n'y a pas d'happy end, nous sommes dans une histoire japonaise, la jeune fille va être enlevée de force à ses parents, par un cortège joyeux, en décalage total avec ce que vivent les humains.

VOCABULAIRE
Classique.

Commentaires. De belles images pour un contenu plutôt dépressif. On met ici en avant la beauté de la nature et la complexité des attentes de la jeune femme et des parents lorsqu'il s'agit de trouver un mari. Vraiment pas évident d'en sortir un message clair, le conte qui est mis ici en animation vient d'une culture ou le devoir, les castes, le positionnement de la femme reste bien étranger à nos valeurs, difficile d'en bénéficier aujourd'hui en Europe. Les messages sont multiples et complexes pour nos régions. Il reste les images qui sont belles et une soif de goûter aux innombrables interprétations possibles d'un tel scénario. Proche du Tombeau des lucioles dans la souffrance des héros, et proche de Mes voisins les Yamada dans le traitement de l'image, le réalisateur continue de nous proposer des relations humaines fortes.

Thèmes. Conte. Asie. Princesse. Amour. Nature. Liberté. Imposition familiale. Quête identitaire. Suicide. Religion. Protection. Égoïsme. Argent. Historique. Vol. Bébé. Déménagement. Abus.